The Steadicam Pilot:
Article paru dans SONOVISION N°532 DE SEPTEMBRE 2008
http://absy.tv/spip.php?article26
Cette référence récente de la marque Steadicam est orientée vers les camescopes modernes entre 1 et 5 kg, tels les Z1-Z7, HVX200, etc. Léger et minutieusement pensé, il innove aisément dans le près carré des fabricants qui se sont engagés dans ce type de système dès que le brevet d’invention Steadicam est tombé dans le domaine public, il y a une dizaine d’années.
Ce qui étonne d’abord c’est sa légèreté, sled doté d’un post en fibres de carbone, bras Iso-élastique, et veste minimaliste. Ce qui rassure ensuite, c’est la précision de la manufacture, l’intégration d’un écran LCD 5,8 pouces (14,7cm) et d’un support batterie 12V en contrepoids, aux standards pro (AA, V-lock, Anton Bauer), le tout amovible sur un post démontable, sans outils. Et ce qui ravit enfin, ce sont les réglages simplifiés et les astuces ergonomiques.

Sans outils : il semble que ce soit le concept même de cette livraison du constructeur US. Les réglages de balance statique du sled s’exécutent facilement en situation, caméra montée, à l’aide seulement de deux molettes Vernier X-Y, qui font coulisser le plateau de la caméra sur ses axes. Ce plateau est lui même amovible rapidement avec la caméra, pour les manipulations externes. Quatre « taquets à ressorts » que l’on assure avec un vissage captif léger, le déverrouillent et le revérouillent en place en un instant. Donc pas besoin de régler à nouveau la balance statique. Efficacité et rapidité sont assurés, coté machine. Le post vertical est encerclée d’une bague coulissante réglable qui permet d’ajuster (serrage allen) le barycentre du système caméra – contrepoids. Et le post horizontal supportant écran et contrepoids, coulisse également. Tout est fait pour faciliter l’équilibrage, visiblement.



Premier test en ULM pendulaire (70 à 120 km/h)
Rien de tel qu’un test en conditions difficiles, en tout cas pour un système peu massif. Me voilà donc à Saint Jean des Ardennes, dans l’école ULM de Samir Elari - multiple champion en pendulaire - par temps couvert sous une pluie légère et intermittente. Je consacre ma matinée au Pilot. Démontage sans outils du post horizontal supportant écran LCD et contrepoids. Montage de trois gyroscopes KS-4 Kenyon via deux clamps Manfrotto à vis pas Kodak sur le post vertical et une autre à l’extrémité inférieure du post pour le troisième gyro. Une petite caméra A1E Sony lestée jusqu’à pesée 2,5kg, à l’aide de plaques de 400g.

Le bras est à droite de la veste sur ce premier vol, la caméra flotte au dessus légèrement à l’extérieur du cockpit, les gyroscopes le frôlant. C’est parti, dans les thermiques de cette fin de matinée nuageuse.
Le thermique par essence est vertical et frappe l’aéronef par en dessous, lui faisant subir une élévation intempestive. C’est là que les 70 cm de débattement du bras se mettent en action et sont mis à l’épreuve… Visiblement, le bras encaisse bien et la caméra reste à niveau. Sur une forte turbulence, elle atteint la limite du bras et le fait buter en bout de course. Pas bon pour l’image, mais l’événement reste épisodique.

Samir sort une aile de petite taille, avec une vitesse minimale avant décrochement de 60 Km. De mon coté, je passe le bras du coté gauche rapidement et j’améliore mon câblage d’alimentation des gyroscopes avec du fil souple ultraléger, adapté à la tension. Ce faisant, je me débarrasse d’une source de déséquilibrage et de prise au vent. En fin d’après midi, le sol a chauffé et l’humidité monte, c’est la valse invisible des thermiques dans un ciel à peine dégagé.
Nous testons un plan de grand ensemble assez haut à la vitesse minimale (70km/h) avec l’horizon dans le cadre ; il va me permettre de régler le barycentre du système et obtenir un horizon plus stable. Il est toujours plus difficile de stabiliser un plan très large avec un horizon lointain en vol. C’est donc une bonne référence, si on y arrive, pour les plans que l’on filmera plus près du sol. Ma caméra est à gauche, cette fois, et le confort s’avère meilleur. Je maitrise plus facilement mon sled, la prise au vent étant plus faible. Ce réglage fait au mieux, nous descendons sur notre cible qui sera la rivière. Nous attaquons quelques passages en raze-péniches dans tous les axes possibles, focale calée au plus large. L’exercice s’avère probant compte tenu des conditions générales peu propices. Le pendulaire est un oiseau rapide et Samir le manie au minimum de vitesse possible, ce qui diminue la pression des éléments. Nous obtenons des plans disons potables ! Le soleil n’est pas au rendez vous, mais la stabilité est bonne, ce qui est encourageant. J’ai un peu de mal à maitriser le balan, et je décide de remonter le barycentre du sled vers un équilibre plus proche du centre réel. Cela s’avère payant. Nous atterrissons et regardons la moisson d’images en se disant qu’avec les bonnes conditions météo…
Prestation en paramoteur (30 à 40 km/h)
Fort de mes tests en pendulaire, j’attaque tôt (7H sur le terrain) avec Ronan Chollou, autre champion multiple, au pilotage, une matinée à Briançon dans un ciel impeccable. Le soleil encore bas, je monte mon système à trois gyroscopes avec une batterie 100W V-lock Sony, très légère pour sa puissance et sa durée, on déploie la voile, installe le moteur, on s’harnache et on tente un premier décollage, avec une masse d’air immobile dans toute la vallée. Un champs cabossé, pour une course chaotique et sans succès. Pas de vent, de l’altitude, la densité de l’air est trop faible, ce sera encore une course laborieuse et vaine. On décide de se donner un temps de réflexion, qui nous permet de repérer un parapentiste qui vient de décoller sur le flanc ouest de la vallée. Quelques minutes et il atterrit sur notre champ qui est, en fait, une piste d’atterrissage des parapentes.
Une petite discussion plus tard, nous voilà roulant vers l’aire de décollage de notre homme volant. Remise en place (20 minutes) et décollage, la course « dure » 10 mètres du fait de la pente et nous nous arrachons du plancher des vaches avec facilité, le soleil dans la face, il est déjà 10H00.
Installé dans ma sellette, je mets les 3 gyroscopes sous tension et j’attends qu’ils arrivent à pleine vitesse, en profitant de ce vol en chaise longue. Cela ne dure pas plus de cinq minutes avec cette batterie, et je peux entamer mes réglages fins de barycentre en coulissant le gimbal. Il est déjà tard dans la matinée, mais le temps est si clément que Ronan m’informe ne rien sentir dans les commandes. L’aile glisse dans un air très stable et fluide, pas de thermique, le grand luxe ! Sauf que la densité de l’air est faible et la portance l’est aussi, nous avons donc du mal à monter.
L’objectif est de l’autre coté de la vallée, à une paire de kilomètres. Ce sont les fortifications Vauban de 1721 qui surveillent ce passage stratégique vers la France. Le vol est un vrai régal, nous ramenons de bons plans d’ensemble, et nous repérons les éventuels mouvements d’air le long des falaises pour le prochain vol. Plus confiant dans la masse d’air sur ce second vol nous nous approchons plus près des structures, et là c’est un festival, la caméra glisse, panoramiques, plongées et zooms sont possibles. Ronan pilote comme Mercure, ses trajectoires sont parfaites, la caméra est sans défaillance et la stabilité est au rendez vous. Sans doute, un des vols les plus pur parmi ceux que nous avons commis. A l’atterrissage, Maxime mon assistant me débarrasse rapidement et Nicolas Bourgignon de We Love Prod, adepte de la glisse de haut niveau et commanditaire des images, relit la bande. À voir son sourire, je sens que la mission est bouclée.
Mon avis
Coté équipements, pas de doute, c’est du pro. C’est simple à régler en situation chaotique et c’est ultraléger.
Il ne reste plus qu’à tester le Pilot dans sa fonction usuelle : à pied et sans gyroscope. L’équilibrage, balances statique et dynamique, sont à la portée d’un stagiaire, tant le système est léger et fonctionnel. Les molettes Vernier et le coulissement du barycentre permettent un réglage d’une grande finesse, et rapide : 15 à 20 minutes suffisent pour être prêt à tourner. Un dernier test donc dans mon jardin autour des pruniers, finit de me convaincre, que le Pilot est bien un véritable Steadicam, abordable, pensé pour les steadicamers de tous gabarits.
Dans l’espace numérique d’aujourd’hui, plus besoin d’être un costaud, capable d’endurer des heures de travail avec des charges supérieures à 40kg… Les freluquets de talents peuvent s’y mettre joyeusement… C’est une question d’entrainement !
Marc Salama






